Dominique Perret

Quel est le mot qui définit le mieux votre rapport à la montagne?
Un domaine d’expression et de liberté. C’est l’un des rares endroits où l’on peut encore faire librement sa trace sans suivre des règles ou des consignes écrites par l’être humain. On peut donc, à mon avis, y exprimer la plénitude de sa personnalité. On y apprend l’humilité, car on se rend vite compte qu’on est tout, tout petit.

Vous voyagez beaucoup, serait-ce parce que les montagnes suisses ne vous suffisent pas?
Non, au contraire! Plus je voyage pour découvrir d’autres sommets, plus j’apprends à apprécier les Alpes. C’est mon pays et même si j’y ai passé un nombre très important d’hivers, j’ai l’impression que je peux encore et toujours y apprendre et découvrir de nouvelles descentes.

Mais n’y a-t-il vraiment aucune contrainte?
Si bien sûr, il faut prendre en compte ses propres limites et celles que la nature nous impose. On y apprend donc le respect et la valeur de l’expérience. Mais c’est avant tout le lieu de nombreux plaisirs! Le bonheur et le privilège de découvrir de nouveaux reliefs et de grands espaces, l’occasion d’y nouer des liens forts avec des amis, de passer du temps ensemble, et aussi… de se régaler autour de bonnes fondues!…

Pourquoi parlez-vous très peu de performances alors que c’est ce qui impressionne le plus lorsqu’on vous découvre?
L’exploit sportif n’est pas ce qui me fait aller en montagne. Je suis davantage un jouisseur et un curieux qu’un obsédé des défis. D’ailleurs, il ne sert à rien de chercher à descendre les pentes les plus prestigieuses ou impressionnantes. C’est le beau moment qu’il faut essayer de vivre et celui-ci peut se trouver même sur une petite montagne toute simple lors d’une descente qui semblait pourtant anodine.

Que diriez-vous de votre acolyte Jean Troillet?
Je l’apprécie beaucoup car il a des connaissances incroyables qu’il partage avec une gaieté de cœur et une générosité sans égales. Sa compagnie est très agréable tant il est d’un tempérament jovial et rieur.


Jean Troillet

Que vous apprend la montagne dans votre vie quotidienne?
Elle enseigne d’abord le respect et la nécessité d’avoir une attitude humble pour réussir ce que l’on souhaite accomplir. Là-haut, les paroles inutiles n’ont pas besoin d’être prononcées et sont remplacées par le silence total. J’ai commencé l’alpinisme avec mon grand frère à 17 ans, nous n’en parlions à personne d’autre que nos parents. C’était avant tout une expérience personnelle, intime voire sauvage.

Avez-vous l’impression que cette mentalité a changé avec les années?
Oui, nous pourrions dire que le spectacle a pris une place un peu trop importante. Le record est devenu un but, ce qui n’était pas notre cas à l’époque. Si nous avions réussi une performance durant la journée, c’était généralement parce que nous avions pris beaucoup de plaisir. Aujourd’hui, les jeunes font des exploits extraordinaires notamment en ski hors-piste mais il ne faut surtout pas qu’ils oublient l’importance de l’humilité.

Vous donnez régulièrement des conférences en entreprise. Les enseignements de la montagne peuvent-ils vraiment être appliqués assis derrière un bureau?
Il existe en effet des comparaisons qui sont utiles dans le business. On y apprend, par exemple, que le sommet n’a pas d’importance et que ce qui compte est l’élégance du chemin. Ou encore qu’il ne sert à rien de forcer et qu’il vaut mieux savoir s’arrêter au bon moment. Les banquiers peuvent, entre autres, appliquer ces théories avec succès dans leur emploi. En effet, il vaut mieux qu’ils ne soient pas prêts à tout pour tenter d’arriver au but attendu par le client car ils risqueraient de tout lui faire perdre.


En 1996, vous avez skié sur la face nord du Mont Everest en compagnie de Dominique Perret. Qu’en avez-vous pensé?
Même si Dominique est plus jeune que moi, il m’a toujours fait rêver. Lorsque nous avons gravi une partie de l’Everest, il a accepté de suivre mes indications avec précision et je l’ai guidé pas à pas. Nous avons passé de grands moments de complicité ensemble, parfois simplement en silence.