La nouvelle législation sur le Swiss made est entrée en vigueur en janvier 2017 et devra être totalement appliquée d’ici la fin de l’année. Est-ce une période cruciale pour l’horlogerie suisse?

En effet, nous arrivons au terme du délai transitoire et beaucoup d’efforts sont déployés par les entreprises horlogères en Suisse. Elles souhaitent quasiment toutes pouvoir remplir les conditions, très peu renoncent. Naturellement, le Swiss made est un atout essentiel dans l’horlogerie et les marques helvétiques ont besoin de cet argument. Le label est si réputé que même si les conditions se durcissent, l’envie de continuer à pouvoir l’arborer est plus grande. Les entreprises qui renoncent sont généralement plutôt motivées par des problèmes financiers qui les empêchent de se mettre aux nouvelles normes.

Quelles sont les étapes cruciales pour que ces marques obtiennent le Swiss made?

Parmi les nouvelles exigences, le point central est ce 60% du coût de revient qui doit être généré en Suisse. Il s’agit alors de s’approvisionner davantage en composants fabriqués en Suisse ou d’y amener plus d’opérations. Ce rapatriement se fait, par exemple, dans la fabrication de composants d’habillage comme les cadrans, les boîtes ou des parties de ces composants. Nous n’avons pas de chiffres précis à ce sujet, mais c’est ce que nous constatons en discutant avec les acteurs. Nous connaissons des exemples concrets. Certains étaient déjà très proches de ce pourcentage, donc ne doivent quasiment rien changer; pour d’autres, il faut faire des changements profonds. Il peut s’agir alors d’adapter les prix ou les marges.

Pour les consommateurs, quel sera l’effet de ces nouvelles règles?

Cette nouvelle réglementation va maintenir la valeur du Swiss made et conserver la confiance de la clientèle dans la marque suisse.

Pour une marque qui ne respecte pas les règles précises du Swiss made, sera-t-il toujours possible de communiquer sur l’image de notre pays?

Non, il faut être très clair avec cela. Selon les nouvelles règles, il faudra oublier le mot Suisse et tous les symboles liés. Pas question de mettre un drapeau ou même un saint-bernard, tout cela tromperait le consommateur. Dès l’année prochaine, si un symbole suisse est utilisé en relation avec une communication de montre, c’est que la manufacture a respecté toutes les nouvelles règles sinon elle est en infraction.

Tout cela aura un effet positif sur les exportations comme sur le marché indigène?

Cette année, les exportations se portent déjà mieux. C’est aussi grâce à la valeur du Swiss made et ce que ce label signifie dans le monde: La tradition, la bienfacture, la qualité, l’innovation technique et esthétique. Tout cela joue un rôle important dans l’achat d’une montre. Mais pour le marché indigène, c’est important aussi. Les consommateurs locaux veulent acheter une montre locale. De même, pour les visiteurs de notre pays, c’est essentiel d’acquérir une montre suisse. Pas question pour un touriste d’acheter une montre produite à l’étranger.

Toutes ces nouvelles règles risquent-elles de constituer un obstacle à l’innovation?

Aucunement. Nous pourrons toujours travailler avec les nouvelles technologies qu’on a en Suisse ou qu’on peut acquérir. Les marques suisses continueront d’innover et de parfois s’inspirer de ce qui se fait de mieux à l’étranger.