Pat, tu sembles toujours être en mouvement et vivre ta vie à cent à l’heure, d’où viens-tu à l’instant?

Je viens de passer quelques jours dans le Sud-Ouest de la France où mes potes et moi avons tourné des épisodes de surf et lifestyle pour mon blog que nous publions sur YouTube.


J’espère que ces vidéos inspireront d’autres jeunes à vivre à fond leurs passions.
 

Tu t’intéresses à des domaines très différents, comment te décrirais-tu?

Je me décrirais comme un jeune enthousiaste qui est à la poursuite de ses rêves et qui n’aime pas se mettre des limites. Face aux difficultés, je ne baisse pas les bras et je me bats tous les jours pour pouvoir vivre mes passions que sont le snowboard et la musique. Bien que je n’aie pas fait d’études, je me sens comme un artiste complet.

Avoir un tel caractère passionné, cela n’a pas toujours dû être facile.

Non, en effet. J’en ai même vraiment bavé à l’école quand j’étais enfant.

J’ai été très malheureux, car je n’étais pas fait pour le système scolaire classique. A 8 ans, j’ai dû changer d’établissement scolaire quatre fois en raison de mon comportement.

Il m’était insupportable de rester assis, je voulais faire du sport et donc j’essayais toujours de m’échapper. Les profs me disaient que je n’arriverais jamais à rien dans la vie. On m’a diagnostiqué hyperactif et on a même voulu m’hospitaliser et me prescrire de la Ritaline. Grâce à mes parents, j’ai échappé à tout cela.

Tu mentionnes souvent tes parents et le fait que si tu es là aujourd’hui, c’est grâce à eux.

Oui, sans mes parents, cela aurait pu mal se passer. Mes parents sont des personnes véritablement ouvertes sur le monde. Ma maman Pauline est d’origine libanaise et a vécu dans plusieurs pays dont le Brésil.

C’est à 19 ans, alors qu’elle étudie la biologie à l’Université de Lausanne, qu’elle rencontre mon papa Hervé. Ils m’ont donné ainsi qu’à mes deux frères, le goût de la discipline et du travail. 

Face à mon hyperactivité, ils ont tout de suite compris que les médicaments n’étaient pas la solution et que l’important était de canaliser mon énergie. Ils m’ont donc encouragé à faire du sport, plein de sports! Et c’est vrai que faire du sport me rend heureux. J’ai fait du foot, du tennis, du ski et du snowboard et même si j’ai adoré tous ces sports, c’est le snowboard qui l’a emporté.

Comment as-tu découvert cette discipline?

C’est à 4 ans, à Crans-Montana, que tout a commencé et que j’ai chaussé mon premier snowboard. Vers 10 ans, quand j’ai réalisé mon premier 360, j’ai eu le déclic et j’ai voulu devenir snowboarder professionnel.

Ce tour complet sur toi-même a donc changé ta vie.

Oui, alors que j’étais malheureux et incompris à l’école, les sensations que je vivais grâce au snowboard me donnaient tant de joie que pour moi il était totalement clair que je voulais vivre pour cette passion.

J’ai ensuite rejoint l’équipe nationale suisse à l’âge de 15 ans, suivi de plusieurs podiums en Coupe du monde, une médaille au Championnat du monde en 2017, puis une 5e place au JO de PyeongChang en 2018. A 16 ans, j’ai aussi été le premier au monde à faire le switch backside triple cork 1440 (quatre rotations 360 degrés avec trois saltos). Comme quoi, une carrière peut commencer aussi tôt qu’à l’âge de 10 ans quand on vit ses rêves.

Est-ce qu’il t’arrive de ne rien faire et de regarder la télé?

Non, pas vraiment. J’ai toujours besoin de bouger et de découvrir des choses. Regarder la télé ou des séries, ce n’est pas mon truc.

Tu voyages énormément. Quelle image les étrangers ont-ils de la Suisse?

Je suis fier d’être Suisse et les gens que je rencontre à l’étranger en ont toujours une image très positive même s’ils ne savent pas tous la localiser sur une carte! Ce que j’entends généralement, c’est que la Suisse est un pays magnifique, propre et bien organisé.

Ils citent aussi souvent le chocolat et la longue tradition horlogère suisses. Ma montre a beaucoup de succès!  Certains me disent que les Suisses ont beaucoup d’argent, mais je leur réponds que c’est aussi parce que nous sommes des bosseurs.

Penses-tu que ton éducation en Suisse t’ait aidé?

Oui, sans aucun doute. C’est dans notre culture de bosser comme des malades, on est des acharnés du boulot! Cela m’a permis de tout mener de front. Mais cette rigueur n’est pas toujours bonne non plus, car on peut vite se sentir écrasé par le système qui veut que l’on suive un chemin bien droit et tout tracé. Il y a souvent un manque de confiance dans tout ce qui est artistique et je pense que ce serait bien de mieux soutenir les jeunes qui veulent suivre cette voie.

Qu’est ce qu’il te manque le plus quand tu es à l’étranger?

Ah tant de choses, tout à vrai dire! Les gens, les montagnes, la beauté des paysages. Pour moi, la Suisse est le plus beau pays du monde. La seule chose qu’il me manque en Suisse, c’est le surf.

Et la musique, c’est une passion récente?

Pas du tout, la musique a toujours été importante pour moi et m’a toujours accompagné. C’est vers 5 ans que j’ai commencé à apprendre à jouer de la guitare, une heure par semaine, au Conservatoire de Lausanne.

J’ai aussi fait du piano, mais la guitare l’a emporté car je peux l’emmener partout où je vais, que ce soit dans un aéroport ou sur une plage. C’est à la suite d’une blessure à la main et au genou en 2014, qu’immobilisé, je me suis mis à fond dans la musique.

J’ai décidé de reprendre des cours de guitare, j’ai travaillé ma voix avec la coach de Beyoncé, Rose Ann Dimalanta, et j’ai formé un groupe dans lequel figure aussi mon frère Max. Ma nouvelle vie a commencé à ce moment-là.

Décris-nous ton premier album The Route?

The Route est sorti ce printemps après avoir été produit à Los Angeles. C’est un album pop-rock, très personnel, composé de 6 chansons. J’en suis très fier et heureux.

A quand le prochain album?

Très prochainement! J’enregistrerai en effet mon second album dès cet été à San Diego. J’ai déjà écrit environ six chansons depuis la fin des Jeux de PyeongChang.

On t’a applaudi l’année dernière au Caribana Festival, à Sion Sous les Etoiles et à Sierre au Festival au bord de l’eau. Où peut-on te voir cet été en concert?

Je jouerai au Gurten Festival à Berne le 11 juillet, le 13 juillet au Jumping Longines à Crans-Montana et au Moon & Stars au Tessin le 15 juillet. Nous allons aussi faire une petite tournée à mon retour des Etats-Unis en septembre. Toutes les informations suivront sur mes réseaux sociaux. 

De quel objet ne te sépares-tu jamais?

Sans aucun doute de ma montre Clifton Club d’une maison horlogère suisse basée à Genève et qui compte aujourd’hui parmi les plus anciennes de Suisse. Je suis fasciné par sa précision et son caractère robuste, car elle m’accompagne partout où je vais!

Avec ton style de vie à cent à l’heure, as-tu le temps pour une histoire d’amour?

C’est vrai que comme je voyage beaucoup, c’est difficile d’avoir une copine. Je n’ai pas envie de me projeter dans le futur et je vois chaque rencontre comme un voyage que l’on fait ensemble.

A 24 ans, tu as déjà vécu tant de choses. Où aimerais-tu être dans dix ans?

C’est une bonne question et il ne m’est pas facile d’y répondre, car je me concentre vraiment sur le présent et la chance que j’ai de vivre pour et par mes passions. Dans dix ans, je me vois toujours dans la musique, sortant de nouveaux albums et j’espère remporter une médaille olympique en snowboard.