De quoi parle-t-on?

Vulgarisée en grande partie par le best-seller de l’auteure allemande Giulia Enders intitulé «Le charme discret de l’intestin. Tout sur un organe mal aimé», la flore intestinale, aussi appelée microbiote, désigne les 100 000 milliards de micro-organismes présents naturellement dans les intestins.
 

Les bactéries intestinales sont multiples et variées, et vivent en symbiose avec le corps humain quand leur population de bonnes bactéries et de bactéries pathogènes est équilibrée.
 

A l’âge adulte, ce microbiote représenterait près de deux kilos de bactéries d’abord léguées par notre mère au moment de l’accouchement par voie naturelle et de l’allaitement (les enfants nés par césarienne ou non allaités ont à la naissance un microbiote digestif moins riche).

Loin d’imaginer cela, des chercheurs du Harvard School of Public Health viennent récemment de prouver que ce microbiote permettrait même d’identifier son possesseur particulier, telle une empreinte digitale.

La vie intérieure de notre intestin

Le microbiote intestinal est souvent appelé «deuxième cerveau» du corps humain car, doté de 100 milliards de neurones similaires à notre principal organe, il communique avec lui via la circulation sanguine et le nerf vague.

Il s’agirait même presque d’une communication à sens unique car 90% des informations vont de l’intestin au cerveau et non l’inverse.

Humeur et bien-être

Il est à présent prouvé que des bactéries intestinales telles que Bifidobacterium infantis, Lactobacillus helveticus et Bifidobacterium longum produisent de la sérotonine, la fameuse molécule du bien-être, et de l’acide gamma-aminobutyrique, un neurotransmetteur qui intervient aussi dans le contrôle de l’humeur.

Contenant environ 90% de sérotonine, l’intestin est donc au centre de notre bonne ou mauvaise santé physique mais aussi psychique. Ne dit-on pas d’ailleurs: «avoir la peur au ventre»?

Plusieurs recherches ont aujourd’hui mis en lumière que les personnes atteintes d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin, par exemple, avaient un risque plus élevé de souffrir d’anxiété ou d’être sujettes à un état dépressif que dans le cas d’autres maladies chroniques à tel point que certains médecins ont eu l’idée d’utiliser certaines bactéries (appelées probiotiques) pour améliorer l’état de certains patients, pavant ainsi la voie pour de nouveaux traitements des maladies comportementales.

Rôles des bactéries intestinales

Vivant dans nos entrailles sans engendrer de pathologies, les bactéries de notre intestin sont essentielles au bon fonctionnement de notre organisme et leur rôle va bien au-delà du simple transit digestif.

Outre la dégradation de certaines protéines, l’assimilation des nutriments, la synthèse de certaines vitamines et la défense contre les bactéries potentiellement pathogènes provenant de notre alimentation, ces micro-organismes permettent également le développement de notre muqueuse intestinale qui, par son importance dans la perméabilité de la paroi entérique, tient la fonction importante de barrière par rapport aux molécules, toxines et virus qui peuvent ou non se retrouver dans la circulation sanguine.

L’importance du microbiote pour la défense de l’organisme

On ne compte plus aujourd’hui le nombre d’études qui mettent en lumière l’importance d’avoir «une bonne» flore intestinale pour bâtir un système immunitaire plus efficace.

En effet, nos intestins contribuent grandement à la défense immunitaire de l’organisme en le stimulant tout d’abord mais en empêchant aussi notamment l’installation de certains agents pathogènes qui pourraient engendrer un développement infectieux.

Un système immunitaire parfois affaibli

Ce rôle crucial pour nos défenses immunitaires confirme les théories selon lesquelles les enfants d’aujourd’hui ont plus d’allergies que les générations précédentes, car ils n’ont pas assez été en contact avec certains micro-organismes dans leur petite enfance.

Cette différence de résistance est également observée entre les enfants vivant en ville et ceux grandissant à la campagne où ils côtoient toutes sortes de germes en jouant avec la terre et en étant au contact des animaux.

Des recherches prometteuses

Les études scientifiques se multiplient pour montrer le lien, loin d’être évident, entre un dérèglement de la flore digestive et la survenance de grandes maladies chroniques telles que le diabète, les allergies, l’asthme, le syndrome de fatigue chronique, l’autisme ou la maladie de Crohn.

Dans le domaine de la recherche oncologique, deux études publiées simultanément dans la revue internationale «Science» en 2017, viennent de montrer que le profil du microbiote intestinal d’un malade atteint d’un cancer jouerait un rôle important dans sa résistance ou sa sensibilité au traitement par immunothérapie.

Nous sommes donc clairement à l’avènement d’un nouveau genre de thérapies qui pourraient s’avérer plus simples et moins coûteuses puisque basées sur l’administration de bactéries naturellement présentes dans notre organisme.