Vous alertez sur un risque majeur pour l’activité des randonneurs et des skieurs hors pistes dans les Alpes vaudoises. Quels événements vont craindre cela?
L’été dernier, une bonne partie d’un spot majeur de freeride situé sur le domaine du Glacier 3000 aux Diablerets a été fermé en raison de la création d'une nouvelle piste. Des centaines de skieurs hors pistes qui fréquentaient cet endroit ne peuvent plus y accéder et ne pourront plus le pratiquer cet hiver.

D’autres secteurs dans les régions des Mosses et de Villars risquent eux aussi d’être fermés.

Cela est dû à une volonté des communes et du canton d’établir des zones de tranquillité dans ces parties sauvages de la montagne.On craint que la fermeture de beaucoup d’autres périmètres naturels soit en discussion.

Si ce risque se confirme, on estime que dans le pire des cas le potentiel de ski de randonnée et de ski hors piste sauvage puisse être réduit de 70 à 80%.

Qu’est-ce qui selon vous motive ces fermetures?
Nous craignons que le premier responsable soit l’extension du tourisme de masse.

Aujourd’hui pour qu’une station s’agrandisse, ouvre une remontée mécanique, une installation d’enneigement artificiel ou une nouvelle piste impactant des zones de protection déjà établies, elle se heurte aux associations écologiques qui exigent des mesures de compensation.

Alors en contrepartie les autorités ferment des zones naturelles de la montagne, non rentables directement, ce qui a un véritable impact sur notre activité de guide mais surtout sur l’activité de centaines de skieurs qui souhaitent profiter de cette nature.

Les guides sont les premiers à vouloir 
une montagne protégée, mais pas 
non plus fermée et verrouillée, 
pas de cette manière.

Il n’y a aucun impératif écologique réel selon vous?
Nous pensons que si des impératifs sont avérés localement, ils sont parfois exagérés ailleurs, et que tout cela fait partie d’un abus du principe de précaution.

Nous voulons tous une montagne sauvage et préserver son équilibre écologique, pour nous-mêmes guides comme amateurs c’est l’un de nos souhaits les plus profonds.

Mais lorsqu’on observe la taille de ces zones naturelles récemment fermées, on se rend compte qu’aucune base scientifique ne peut justifier pareille décision.

La cohabitation entre une activité humaine respectueuse de l'environnement, la faune et la flore se passe en général très bien. Depuis 10 ou 15 ans, les effectifs de certaines espèces protégées ou menacées sont stables et on observe qu’il n’y a souvent pas de danger pour la biodiversité causé par les randonneurs.

Nous sensibilisons en outre nos clients pour que ces zones naturelles soient totalement respectées. Dès lors, on ne comprend pas le pourquoi de possibles fermetures supplémentaires.

Nous sommes tous des amateurs, des amoureux de la montagne sauvage. Je le répète: les guides sont les premiers à vouloir une montagne protégée, mais pas non plus fermée et verrouillée, pas de cette manière.

Stations et pistes de ski et hors pistes peuvent largement cohabiter, ils permettent eux aussi à des milliers de personnes de pouvoir profiter de notre patrimoine alpin.

Quel avenir redoutez-vous?
Si ces no man’s land s’étendent, cela pourrait marquer la fin de l’aventure dans les Alpes vaudoises. On craint à terme de devoir aller en France, en Italie ou en Autriche pour retrouver cette possibilité de skier, de faire de la randonnée ou du ski hors pistes en pleine nature.

Il y a un vrai risque que les 20 000 adeptes, touristes, skieurs et randonneurs qui viennent ici chaque année désertent les Alpes vaudoises. L’impact serait bien évidemment énorme sur l’activité des professionnels du tourisme doux en montagne.

On lance donc un grand appel à tous les amoureux de la montagne, car c’est peut-être la dernière saison où ils pourront parcourir la beauté sauvage des Alpes vaudoises. Il faut réagir!