En tant qu’explorateur des contrées les plus inaccessibles et inhospitalières de la planète, quel regard portez-vous sur votre vie d’aventurier?

Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours aimé la nature, intensément, avec un désir constant de repousser mes limites.
 

J’ai grandi en voulant constamment sauter plus haut, courir plus vite et faire plus de vélo que les autres. Je voulais passer le plus clair de mon temps à l’extérieur, grimper aux arbres, jouer avec mon chien, faire du vélo.
 

En grandissant, cette passion pour le plein air et le dépassement de soi s’est accentuée! Aussi, je ne pense pas être devenu un explorateur; il me semble être né explorateur.

Considérez-vous que la traversée de l’Antarctique soit le point d’orgue de votre carrière ou alors, avez-vous d’autres projets, encore plus ambitieux?

La traversée de l’Antarctique a été un des moments les plus forts de ma carrière de par la complexité d’une telle entreprise, en toute autonomie et sans assistance. De plus, cette expédition n’avait encore jamais été tentée.

La plupart des gens pensaient qu’il s’agissait d’un exploit impossible avant que je leur prouve le contraire. L’expérience a été très éprouvante physiquement, mais aussi mentalement.

C'était une course contre la montre et une course contre moi-même. Après avoir quitté mon bateau «Pangaea», je me suis donné comme objectif d’arriver avant la fin de l’hiver. Une fois de plus, cette aventure m’a démontré l’importance de la force mentale.

Qu’est-ce qui motive un homme à braver, en solitaire et pendant 57 jours, les températures extrêmes de la planète?

L’inconnu! L’incertitude de la situation; en rêver et se demander: «Est-il humainement possible de relever un tel défi?» Y croire! Aller de l’avant avec une motivation sans faille.

C’est elle qui détermine la plupart de mes grandes expéditions. Il s’agit en quelque sorte de repousser les limites du corps humain, tout comme celles de l’esprit. C’est aussi une façon de montrer au monde que nous sommes capables de réaliser nos rêves les plus fous.
 


 

Après une telle expérience, sans compter vos nombreux autres exploits en de pareilles conditions, quel regard portez-vous sur la glace, le froid, la neige, le vent, le danger?

Bien que je sois originaire d’Afrique du Sud, pays chaud et sec, la glace, le froid et la neige sont devenus mes éléments de prédilection pour l’exploration.

En termes d’adaptation et de survie, les conditions de froid extrême font partie des plus difficiles à affronter. Pour ce qui relève du danger, je pense m’y être un peu habitué, et le fait de bien préparer mes expéditions permet de le gérer. Lorsque je suis confronté à un risque, je reste calme et concentré.

Vous considérez-vous comme un surhomme ou pensez-vous qu’avec un minimum d’entraînement d’autres que vous pourraient aller aussi loin dans le dépassement de soi?

Je crois que tout le monde est capable de réaliser de grandes choses. Chacun de nous a son propre sommet à atteindre ou son propre Antarctique à traverser. Ce que je sous-entends par-là, c’est qu’avec un minimum de motivation, nous pouvons tous réaliser nos rêves les plus fous. Cependant, la motivation ne suffit pas, il faut aussi avoir de la discipline!

Une personne peut être motivée à relever des défis, mais sans discipline, elle n’ira nulle part. Il y a toujours quelque chose à apprendre si vous êtes prêt à repousser vos limites, à sortir de votre zone de confort. Mais de nos jours, très peu de personnes sont prêtes à le faire.

Si vos rêves ne vous font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands! Et vous ne pouvez relever un défi que si vous croyez en vous-même.
 

Où puisez-vous votre énergie?

La plus grande partie de mon énergie est consacrée à la réalisation de mes expéditions. Je partage aussi mes aventures avec le monde via des photos et des vidéos, des conférences, des publications sur les réseaux sociaux, des émissions de télévision, des interviews.

La raison d’investir également mon énergie dans ce partage est d’encourager les personnes à sortir de leur zone de confort et à concrétiser leurs rêves.

La vie est courte, nous le savons tous, alors pourquoi ne pas mener une existence dont nous pouvons être fiers? Je crois que beaucoup d’entre nous ne sont pas satisfaits de leur vie et qu’ils ne font rien pour en changer. C’est dommage. La vie est faite pour être vécue, au maximum!

La vie d’un aventurier est-elle compatible avec une vie de famille?

Bien sûr qu’elle est compatible! Je dirais surtout qu’il faut avoir la volonté de la rendre compatible. Avec le bon état d'esprit, en faisant le choix de s'entourer de personnes qui vous aiment, qui vous font confiance et qui croient en vous, tout est possible! Que vous soyez un explorateur ou non, il faut beaucoup d’investissement pour bâtir une famille solide et un foyer stable.

Avoir choisi de partager ma vie avec Cathy, ma défunte épouse, a été la meilleure décision que j’aie jamais prise. Grâce à l’amour et à la confiance, nous avons construit une vie qui nous passionnait tous les deux.

Elle m’a accepté, elle m’a soutenue. Je lui promettais de toujours rentrer vivant. Aujourd’hui, malheureusement, Cathy n’est plus avec nous, mais ma relation avec mes deux filles est plus forte que jamais.

Nous travaillons ensemble, nous voyageons ensemble et nous n’avons nul besoin de nous voir tous les jours pour prouver notre amour des uns envers les autres. Nous privilégions la qualité de la relation, non la quantité!
 


 

Sur le plan humain et médiatique, que vous apportent de telles aventures?

L’excitation et le bonheur! C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de vivre de ma passion et de consacrer ma vie à l’aventure. Elle est une étincelle qui me fait avancer, toujours plus intensément, toujours plus loin. Tout le monde ne souhaite-t-il pas pouvoir vivre de ce qui le rend plus vivant?

Nous vous avons parfois entendu dire que notre planète est devenue trop petite pour vous. Est-ce le fait de l’avoir parcourue en long en large et en travers ou alors, devient-elle limitée en termes de nouveaux défis?

Après avoir vécu tout ce que j’ai vécu, il est vrai qu’il m’arrive parfois d’avoir l’impression que le monde devient de plus en plus petit, mais je n’en ai pas atteint les limites.

Tant que je serai sur cette planète, tant que je serai en vie, il y aura toujours de nouveaux défis à relever, de nouveaux océans à traverser, de nouvelles montagnes à gravir, de nouvelles façons de faire le tour du monde! Il me reste encore quelques «8000» à gravir, comme le K2 et le Nanga Parbat.

Je souhaite également traverser l’océan Arctique par le pôle Nord l’année prochaine. Je suis aussi curieux du fond des océans, et qui sait, si j’ai l’impression d’avoir tout vu, je ferai peut-être une demande pour aller sur la Lune!

Dans leurs fantasmes d’aventures, beaucoup de personnes vous envient. Pourtant, lors des premiers frimas de l’hiver, elles se calfeutrent pendant des mois. N’auraient-elles pas plutôt intérêt à profiter, en extérieur, des vertus et des joies de l’hiver?

Tout le monde doit faire ce qui le rend heureux; il n’y a ni bon ni mauvais choix. Le plus important est de sortir de cette zone de confort de temps en temps et ne pas se contenter de dire «je vais faire ceci ou cela», mais le faire réellement. L’hiver est froid et long.

Je peux comprendre pourquoi certaines personnes préfèrent rester à l’intérieur, mais la neige et les montagnes sont un véritable terrain de jeu. Il y a des activités pour tout le monde!

Que peuvent nous apporter les activités hivernales sur le plan de la santé physique et psychologique?

Elles sont excellentes, à tous égards! J’ai une affection particulière pour les sports d’hiver, car la neige, le froid et la glace m’inspirent et me préparent pour mes futures expéditions.

J’encourage les personnes à pratiquer le ski, le surf, la raquette, etc. Et pour celles qui désirent sortir un peu des sentiers battus, il y a beaucoup d’activités telles que l’escalade sur glace ou l’héliski, et bien d’autres encore.

Sportif d’élite par excellence, quels conseils donneriez-vous en termes de préparations pour profiter pleinement des activités hivernales?

Il est important de prendre le temps de bien se préparer physiquement avant de gravir ou de dévaler les pentes enneigées. Gardez à l’esprit les risques potentiels, les mesures de sécurité.

Veillez à bien vous alimenter. Optez pour un équipement adapté à vos besoins et aux conditions météo. Prenez soin de votre matériel. Pensez aux appareils de communication et surtout, prenez conseil auprès des professionnels.

Toutes les photos: © DmitrySharomov