Comment votre passion pour le ski et la montagne est-elle née?
Je suis né dans le Valais au cœur des Alpes, tout proche de la vallée de Chamonix et de Verbier. J’ai grandi là, entouré toute ma vie par la montagne. Mon père est guide, ma mère a fait beaucoup de compétitions de ski.

Je glisse donc sur la neige depuis tout petit. La montagne, j’y suis toujours resté; d’ailleurs à l’heure où je vous parle, je suis sur le chantier de ma future maison située aux Marécottes. Bon, pour l’instant il y a du brouillard, mais lorsque c’est dégagé mon terrain offre une vue magnifique à 180 degrés sur les Alpes.

J’ai choisi d’avoir une vue imprenable sur mon bureau! Et je peux décider dès le matin où je vais aller skier. D’ailleurs, demain, je vais aller rider sur le glacier de Saas-Fee. La montagne et le ski, c’est l’histoire de ma vie.  

Qu’est-ce que le freeride pour ceux qui ne connaissent pas?
Le freeride, c’est tout simplement se déplacer sur les montagnes avec 2 planches de bois. (Rires). Sérieusement, c’est le meilleur moyen de se déplacer et d’admirer les montagnes tout en explorant de nouveaux lieux en dehors des pistes balisées.

C’est être le premier à laisser sa trace dans la neige vierge. C’est surtout prendre du plaisir sur la poudreuse dans un environnement totalement naturel. Vous êtes seul avec vos skis et la nature. Point barre. 
 


 

On imagine aussi que c’est l’assurance de nouvelles sensations?
Absolument! Ce que je recherche, c’est repousser mes limites. J’ai le projet d’aller skier à 6000 mètres dans l’Himalaya, car on a fait tous les 4000 dans les Alpes. C’est en permanence une nouvelle aventure qui mêle la grimpe et le ski, et qui nous pousse sans cesse à savoir de quoi on est capable debout sur ses deux lattes.

C’est ce que vous avez cherché à montrer dans votre film «La liste»?
Oui, plus qu’un film, c’est un documentaire sur l’évolution du ski freeride et de haute montagne. J’ai quitté le ski alpin car j’avais l’impression de tourner en rond, ce n’était pas assez rapide. Le freeride, c’est le ski de la liberté, un sport infini dont les limites sont celles du corps humain.

C’est ce que je voulais mettre en avant dans «La liste». Montrer qu’on lie deux disciplines: l’alpinisme où il faut être entraîné pour la montée et le ski où il faut savoir gérer pour la descente.

C’est pour moi le sport qui rend le plus bel hommage à la montagne, à sa splendeur, à son côté sauvage, et qui nous permet de laisser notre trace, comme une petite signature sur cette montagne si grande et indomptable.
 


Est-ce totalement une autre manière d’aborder le ski?
Oui, car c’est un sport très libre comme son nom l’indique! On joue sur l’un des terrains les plus grands du monde; c’est tout à fait recommandé si vous avez l’âme d’un aventurier.

Il faut bien sûr du matériel très performant et être entouré si possible par un guide. On peut commencer par tenter des zones à côté des pistes balisées si on est un peu expérimenté. Il y a bien sûr les risques de la montagne qu’il faut toujours prendre en compte mais il faut relativiser.

On montre souvent cette pratique-là comme une pratique dangereuse, alors qu’il y a beaucoup moins de morts dans la montagne qu’au bord des rivières en été.

Votre plus belle saison, c’est donc l’hiver?
Eh non, raté! c’est le printemps (rires), parce que c’est là que commence le ski en haute montagne, car les conditions sont optimales pour skier en altitude. J’ai appris le ski l’hiver dans la poudreuse mais le printemps, c’est le mieux. L’été, c’est bien aussi pour débrancher de la montagne et de la glisse.

Quels sont vos 3 meilleurs spots en Suisse?
Le premier, c’est bien sûr Les Marécottes, la station où je suis né et où j’ai tout appris. C’est une petite station préservée où il y a peu de monde. Le deuxième, ce serait Verbier car les dix dernières années j’ai baigné dans la compétition, notamment les Xtrem de Verbier.

Là-bas, j’ai vécu des bons et des mauvais moments qui se sont finalement transformés en superbes souvenirs. Mon dernier spot préféré, c’est le sommet de l’Ober Gabelhorn, un lieu majestueux des Alpes situé à plus de 4000 mètres de haut.

C’est un endroit où la montagne est très capricieuse, très sauvage. Il y a le Cervin à 2 pas et la Dent-Blanche qui est la couronne impériale des Alpes. La vue y est à couper le souffle. Demain, j’y retournerai sans aucune hésitation.

Images: © Mika Merikanto