Pour les férus d’automobile, la Toscane cache dans ses collines, à une trentaine de kilomètres au nord de Florence, un véritable trésor : l’Autodromo del Mugello ! Trouvant son origine il y a 100 ans en 1914, le Circuit du Mugello a figé son tracé actuel de 5.2 kilomètres en 1974. Aujourd’hui propriété de Ferrari, il accueille bien entendu les essais F1 privés de l’écurie éponyme et quelques événements autour de la marque, mais aussi bon nombre de compétitions tout au long de la saison telles que les World Series by Renault ou le Moto GP.

Ferrari et Maserati

Et aux dates restant libres en dehors du calendrier des compétitions, le Circuit du Mugello s’ouvre pour des journées circuit exclusives. C’est dans ce cadre que nous avons suivi l’équipe de Modena Cars – concessionnaire Ferrari et Maserati à Genève – et sa vingtaine de gentlemen drivers venus se défouler à bord de leurs bolides frappés, comme il se doit, du Cavallino Rampante.

5.2 km

8 heures du matin. Après un merveilleux repas aux saveurs locales la veille au soir, suivi d’une nuit reposante dans une demeure historique transformée en hôtel, nous passons le portique d’entrée du circuit. Tapis au fond d’une cuvette, le tracé très vallonné étale ses 5.2 km tout autour de nous. Des montées, des descentes, une longue ligne droite, des paraboles, des pif-paf, le Circuit du Mugello recèle d’innombrables passages techniques et exaltants.

V8 et V12

Nous entrons dans les stands. Les deux Nicolas, mécaniciens, hommes de l’ombre et magiciens, ont travaillé d’arrache-pied la veille au soir et tôt le matin pour que tout soit prêt. Dans un ordonnancement méticuleux, la partie atelier des box rassemble les fûts d’essence, les montagnes de pneumatiques et l’outillage pour parer au plus vite à toute éventualité. Rien n’est laissé au hasard, comme en compet’ ! Gino et Verena, les hôtes de cette journée, accueillent les derniers arrivants. D’autres, déjà parés dans leur combinaison de gladiateur hument l’air frais toscan en admirant leurs belles machines, alignées au cordeau sur la pitlane et ronronnant de leurs V8 et V12 au ralenti. Le ton est donné. Pas moins de 17 bolides sont présents. On y trouve une 458 de série, sa version « Speciale » la dernière-née de la gamme, ainsi que les fameuses Challenge et GT3, dédiées, elles, exclusivement à la piste.

Sagement cachée tout au bout de cet alignement de rêve, se terre une 599XX, produite à seulement 30 exemplaires et destinée à un programme d’essai impliquant les plus fidèles clients de la marque et le staff Ferrari. Son V12 développe 720 CV et l’engin couvre le 0 à 100 km/h en 2.9 secondes. Pour maîtriser une telle cavalerie sur le bitume, le preux chevalier du jour se nomme René Arnoux. Ancien pilote de Formule 1, gloire des années 70-80, il pilota notamment chez Renault, Ferrari et Ligier et fut surtout acteur, avec Gilles Villeneuve, du fabuleux duel pour la deuxième place lors du Grand Prix de France 1979 à Dijon.

Fair-play

9 heures. Après un briefing de sécurité rappelant à tous les pilotes les règles et codes à respecter, il est temps de prendre la piste. Tout doucement, pas de stress. On se chauffe, physiquement et mentalement. La mécanique doit, elle aussi, être amenée avec rigueur et attention à son optimum pour en tirer la quintessence. L’objectif de la journée ? Prendre du plaisir, ne pas se faire mal, vivre des sensations fortes. Ainsi donc, la chasse au chrono et l’intimidation n’ont pas leur place. Le fair-play est le maître-mot, les plus aguerris au pilotage respectant ceux qui débutent ou découvrent le Mugello. Les participants se connaissent très bien, roulent à plusieurs reprises ensemble dans l’année, ce qui permet également d’anticiper les comportements.

Le cheval noir sur fond jaune

Il n’en demeure pas moins que nos gentlemen drivers s’en donnent à cœur-joie et avec une bonne dose de virilité. Les freinages en bout de ligne droite amènent les disques de freins au rouge incandescent. Les relances sont franches, quelques figures – volontaires ou non – agrémentent, pour certains, les passages en courbes. Une symphonie pour V8 envahit peu à peu le creux abritant le circuit. Les harmoniques des pleins régimes résonnent dans les tribunes, tandis que les déflagrations provoquées par les échappements au rétrogradage battent la mesure contre les murets en béton comme le ferait une batterie de timbales. C’est alors qu’entre en scène notre soliste René et son V12 fantastique. Tantôt rauque et sourde, tantôt stridente et métallique, la partition est jouée avec maestria. En d’autres endroits, voire sur d’autres circuits, on parlerait de bruit. Le standard téléphonique aura déjà explosé sous les appels des riverains furieux. Ici, au cœur de la Toscane comme dans le reste de l’Italie, on vit, respire et transpire la passion automobile. Lorsqu’en plus il s’agit de bolides rouges au petit cheval noir sur fond jaune, il convient même de parler de religion !

Magnifique ! Génial !

Dans les stands, les pilotes rentrant de session partagent leurs premières impressions. « Phénoménal !, Magnifique ! Jouissif ! Génial ! » sont les qualificatifs revenant le plus souvent, soulignés par un sourire qui en dit encore plus long sur les sensations ressenties. Une bouteille d’eau plus tard, le casque est remis et gaz pour de nouveaux tours de manège !
La pause de midi est l’occasion pour nos héros de revivre quelques passes d’armes amicales, partager quelques « trucs et astuces » pour passer tel ou tel endroit avec plus d’efficacité. Les sourires sont de rigueur, certains visages plus marqués que d’autres, déjà. C’est que l’exercice est physique !

La sécurité et le repos ?

La mécanique reposée, les Nicolas se sont chargés de remplir les réservoirs et changer les pneus, le bal peut reprendre. L’après-midi se déroulera avec une intensité plus contenue. La fatigue s’accumulant, la digestion en pleine progression, la sécurité et le repos sont privilégiés par certains, alors que d’autres en profitent pour s’échanger le volant de leurs bolides. Les tours s’enchaînent, la chorégraphie de nos ballerines rouges, jaunes, blanches et noires semble régie au métronome. La pluie s’invite pour quelques gouttes sur une partie du tracé ; on modère ses ardeurs quelques tours histoire d’assécher la trajectoire idéale.

Des grands sourires

Peu avant 18 heures, le drapeau à damier est agité, les feux passent au rouge. Voilà, c’est fini. Les virtuoses rentrent en loges. Les craquements des échappements encore brûlants, les effluves de plaquettes de freins surchauffées, les stigmates de déchets de gomme sur les carrosseries témoignent d’une journée bien active. Tout s’est déroulé à la perfection. Les sourires traversent toujours les visages des pilotes. Malgré la fatigue et la dépense physique tous ont dans les yeux cette petite lumière qui trahit une bonne dose d’émotions et de sensations fortes. C’est ça, vivre sa passion !