Manger est un acte social...

...communautaire autant qu’un besoin alimentaire. Si le «fast-food» fait des ravages chez les jeunes, ce n’est pas seulement une question financière et de rapidité, c’est aussi parce que le fast-food est à l’image de la modernisation alimentaire qui a bercé les jeunes dès leur enfance.
 

Ils retrouvent donc là des valeurs qui leur apparaissent désormais comme universelles.
 

Cela ne sert donc à rien de combattre le fast-food de façon moraliste, mais il faut lui opposer d’autres valeurs qui font envie: écologie, découverte du travail agricole, dolce vita et lenteur, l’importance de la table et du partage, la simplicité.

Toutes ces valeurs auxquelles ils/nous ne pourront échapper avec le changement climatique planétaire.

Derrière chaque produit mangé...

...nous oublions qu’il y a des hommes et des femmes. Le processus d’industrialisation de l’alimentation fait disparaître le lien entre l’humain et la nature.

Il s’agit donc de retisser des liens de plaisir et de curiosité: de la graine que l’on plante et qui donne un légume ou une salade quelques mois plus tard à l’artisanat de quartier ou de région qui permet de comprendre la fabrication d’un fromage ou d’une saucisse…

L’objectif est de faire prendre conscience du lien fondamental entre agriculture durable et culture du goût. C’est tout l’objectif de la souveraineté alimentaire, qui doit être au cœur de notre vie quotidienne.

Vous avez déjà constaté que les régions les plus pauvres donnent souvent les cuisines les plus savoureuses, car elles compensent ce handicap de départ par la richesse de leur élaboration. Il faut avoir peur que nos pays dits riches donnent naissance à une cuisine industrielle toujours plus pauvre culturellement, socialement, psychiquement.

Manger n’a pourtant jamais été aussi simple. L’homme occidental est passé en un siècle de la pénurie à l’abondance. On aurait pu penser qu’il verrait progressivement disparaître son angoisse liée à la peur du manque… Curieusement, au contraire: on assiste à l’explosion de nouveaux troubles de comportement.
 

Nous avons besoin de réapprendre le goût. Le goût est un jeu complexe de plaisir où nous devenons des mangeurs avec mémoire et des cuisiniers avec histoire.
 

Dans ce jeu, la connaissance de l’origine des aliments devient primordiale et par là même la défense de la biodiversité de la planète est essentielle.

La Semaine du Goût...

...est née de cette prise de conscience: on prend de moins en moins de temps pour manger, les produits se standardisent toujours davantage, les jeunes et les enfants ne connaissent plus le goût des produits.

La Semaine du Goût s’inscrit dans une démarche de sauvegarde du patrimoine culinaire. Les événements qui en font partie reflètent la richesse du goût et de tout ce qui touche à une alimentation basée sur le respect de produits où l’homme et le terroir ont encore toute leur importance. Ils nous donnent envie de nous réunir pour nous nourrir, nous font prendre conscience que manger est un temps pour nous ressourcer et nous faire plaisir.

Il faut cesser de vivre en famille comme des solitaires culinaires. Le frigo est devenu une annexe familiale du supermarché.  Le petit déjeuner est éclaté, le repas de midi est pris à l’extérieur presque systématiquement.

Le repas du soir collectif résiste, mais cela ne signifie pas une alimentation commune forcément. En fait, on joue souvent à frigo ouvert, chacun prenant quand il souhaite ce qui lui plaît. On partage le toit, le lit, mais pas la table…

Il faut vivre avec l’alimentation la même aventure que l’on vit avec le sport ou la musique, prendre le temps d’apprendre, partir à la découverte, jouir de sensations nouvelles.

Le problème...

...c’est la mondialisation de l’alimentation et la destruction de patrimoines culinaires qui touchent l’ensemble des générations. La nouveauté en cuisine sera dans le retour à la simplicité culinaire, à une traçabilité, à une relation de confiance avec les producteurs, bref à une économie locale.

L’alimentation est l’enjeu d’une bataille économique. Comment aurait-elle pu échapper d’ailleurs à la globalisation? Nous mangerons tous demain les mêmes choses, de la même façon quels que soient notre condition, notre culture, notre sexe, notre âge.

Ce rétrécissement du monde se prépare déjà dans les marmites des grands groupes multinationaux. L’avenir de l’alimentation ne peut être conçu dans cette barbarie. L’avenir dira si elle parlera encore aux hommes avec tout ce que cela comporte de respect de l’environnement, des savoir-faire artisanaux et des traditions culinaires ou si elle mourra comme un vestige du passé alimentaire.