Quel est le contexte actuel de la production de vins en Suisse?  

La Suisse compte un peu moins de 15 000 hectares de vignes réparties en six régions. Ses vignobles se situent à 75% en Suisse romande, 18% en Suisse alémanique et 7% en Suisse italophone.

La production moyenne avoisine 100 millions de litres par an, avec des variations importantes selon les conditions climatiques des millésimes. La surface viticole suisse est restée très stable durant les 50 dernières années et les productions se sont stabilisées suite à l’introduction des limitations de rendement dans les années 1990.

La consommation de vins a eu tendance à diminuer comme dans la majorité des pays viticoles traditionnels, mais la Suisse, avec une consommation annuelle de quelque 33 litres par habitant, se hisse au 4e rang mondial.

Quelles sont les spécificités des vins suisses? 

La Suisse viticole est fondée sur ses traditions et son innovation. Quatre cépages principaux, hérités de la longue histoire de nos vignobles, couvrent environ 72% de la surface viticole helvétique: pinot noir, chasselas, gamay et  merlot.

Sur les 28% restants, une large palette s’offre dans chacune des six régions, composée de cépages autochtones comme l’arvine ou le Räuschling, internationaux tels la syrah et le chardonnay ou ceux créés à la faveur des travaux de la recherche agronomique suisse (Agroscope) comme le gamaret, le garanoir, le diolinoir et plus récemment le divico.

Au total, ce sont environ 270 cépages recensés, dont les blancs représentent 43% de la surface totale, et les rouges 57%. Cette diversité est une innovation qui répond aux exigences imposées à la fois par les terroirs et par l'évolution des habitudes de consommation.

Ce qui caractérise la Suisse par rapport au reste du monde est la petite taille des exploitations et la grande diversification des productions. Cela conditionne l’ensemble de la filière. Nos crus sont produits en petites quantités, parfois même confidentielles.

Pour un même cépage, il existe différentes expressions, en raison des différences d’origine (sol-climat-tradition). C’est en somme la rareté qui qualifie l’identité viticole suisse.

Quels sont les objectifs et les enjeux à venir pour la production? 

L’enjeu pour notre production est de conserver ses parts de marché vis-à-vis des vins importés qui représentent actuellement environ 64% de la consommation totale. Cela suppose travailler sur la notoriété de nos vins, en Suisse comme à l’étranger. Pour y contribuer, développer des vins de garde est une orientation souhaitable. Longévité va de pair avec notoriété. Or, tous les professionnels connaissent le potentiel de garde de certains de nos crus, chasselas, merlot, syrah ou autre gamaret. Il est important que cette reconnaissance soit démontrée auprès d’un public plus large.

Les enjeux environnementaux conditionnent aussi l’avenir de notre viticulture. Changements climatiques, urbanisation du territoire, utilisation d’intrants… génèrent un nombre croissant de défis dont les réponses supposent une forte cohésion à l’échelle nationale.

Le développement de nouveaux cépages, comme le divico, résistants aux principales maladies de la vigne est une opération qui se mesure sur le long terme. Les succès enregistrés jusqu’ici témoignent de la pertinence de cette recherche et sont un encouragement à poursuivre ces travaux à l’avenir.

Rappelez-nous concrètement ce qu’est le Congrès de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV)? 

L'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) est une organisation intergouvernementale. Elle tient chaque année un Congrès mondial réunissant délégués et spécialistes du vin provenant de ses 46 pays membres.

Les grandes orientations de la vitiviniculture mondiale y sont présentées. C'est donc une occasion rare et unique de promouvoir les avancées de nos savoir-faire dans tous les domaines de compétences de l’OIV: viticulture, œnologie, droit et économie, santé et sécurité.

Du 15 au 19 juillet 2019, environ 600 prescripteurs seront réunis à Genève pour les conférences et amenés à découvrir Lavaux et l’ensemble des régions viticoles suisses grâce à des visites, des événements, des dégustations et des post-tours.

Le fait que ce grand événement ait lieu en Suisse en 2019 est-il un signal fort?

Une sorte de reconnaissance pour les vins suisses? 

Le vin suisse est peu ou pas connu à l’étranger, car nos exportations restent anecdotiques (≈1% de la production). Parallèlement, la Suisse est membre de l’OIV depuis 1934 et l’expertise de sa délégation y est fortement appréciée.

Cela suscite l’intérêt et la curiosité des professionnels du monde entier. C’est une forme de reconnaissance et de prise au sérieux pour une toute petite région viticole qu’est notre pays à l’échelle mondiale.

Avec ses paysages magnifiques, ses vins originaux et de grande qualité, avec la rigueur et la pertinence de sa recherche viticole, la Suisse est perçue comme incontournable pour les spécialistes. Les meilleurs sommeliers du monde l’ont bien compris!